02 Jun 2008 - 09:50:12
Pour V.Boggio, le sujet "comment convaincre les parents de faire vacciner leur enfants?", renvoie à un épisode particulièrement douloureux de sa pratique et aux multiples interrogations qui ses sont alors posées à lui :
"Votre question ravive une souffrance ancienne mais maintenant apaisée. Il y a trois ans, lors d'un examen d'administration en crèche, j'avais encouragé la maman d'Aglaé à faire vacciner sa fille contre le pneumocoque. La vaccination était inscrite depuis quelque mois au calendrier des vaccinations ( pour les enfants gardés plus de quatre heures par semaine en compagnie de plus de deux enfants en dehors de la fatrie) et prise en charge par l'assurance maladie. La Mère m'avait répondu qu'elle souhaitait se limiter aux vaccinations réglementairement obligatoires.
Comme d'habitude, j'avais argumenté ma proposition avec des donées épidémiologiques et cliniques. En vain. J'avais pris acte des son refus et écrit dans le carnet de santé : "examen d'entrée en crèche, vaccination antipneumococcique recommandée". Quelques semaines après son entrée à la crèche, Aglaé a été hospitalisée pour une méningoencéphalite à pneumocoques. Aprés six mois d'hospitalisation dont deux en soins intensifs, elle est rentrée à son domicile, puis a repris sa place à la crèche avec une encéphalopathie séquellaire sévère. Elle est quadriplégique. Son éveil est limité. Sa vision et son audition sont improbables. Elle a une gastrostomie d'alimentation.
Elle est soignée pour une comitialité rebelle. Elle bénéficie de soins multiples ( kinésithérapie, spychomotricité).Une place l'attend l'an prochain dans une institution spécialisée.
Dés l'hospitalisation d'Aglaé, la maman a fait vacciner la soeur aînée (d'un an) contre le pneumocoque. Depuis une soeur est née. elle était déjà vaccinée quand elle est entrée à la crèche. Cette histoire, dramatique pour Aglaé et ses parents (et accessoirement pour l'assurance maladie), m'a rendu malade. Pendant des mois, et notemment chaque fois que je rencontrais Aglaé, des questions de tout ordre me harcelaient, philosophiques (pourquoi ce drame dans la seule famille que je n'ai pas pu ou su convaincre?), deontologiques, psychologiques, légales, éthiques, beaucoup plus que scientifiques! et notemment celles-ci : comment convaincre de l'intérêt d'une vaccination des parents réticents? quels mots? quelles phrases? quelle attitude?
Peut-on mettre en cause leur responsabilité en cas de survenue de la maladie ? J'ai plein d'informations sur les vaccinations. Je n'ai rien trouvé sur la façon d'en parler à des parents réticents. Le rapppel manuscrit de la recommandation vaccinal dans le carnet de santé signifiait pour moi "Parents, faites avcciner votre enfant" et non pas "Je ne suis pas responsable de votre refus". Je peux facilement décharger ma responsabilité au regard de la loi, mais pas au regard de ma conscience. Cependant, cette mention a déjoué le soupçon de négligence que ceux qui ont soigné Aglaé ont manifesté à mon égard. Je comprend parfaitement que des confrères en aient assez de se battre et demandent aux parents défiants de mettre leur confiance ailleurs. Mais les enfants ne sont alors pas protégés contre le pneumocoque ou les virus de la roougeole, des oreillons et de la rubéole. Je vous propose d'écrire sur le carnet de santé à chaque consultation :"vaccin contre l'encéphalite de la rougeole et la surdité unilatérale des oreillons recommandé" et de continuer de voir l'enfant. Les parents se lasseront peut-être. Peut-être vous quitteront-ils, mais se sera à leur initiative. Vous pourriez aussi demander à voir le père de l'enfant.
Lors de ma dernière rencontre avec la maman d'Aglaé, je lui ai demandé si elle acceptait que l'on reparle de cette consultation où je n'avais pas réussi à la convaincre, et en particulier de l'origine de ses réticences et de la justification de son refus. Il me semblait que c'était important pour elle et pour moi que nous ne restions pas sur ce silence. Elle va peut-être mettre par écrit ce qu'elle ressentait et ce qu'elle ressent maintenant pour que son témoignage serve à d'autre. Je ne sais pas si elle y parviendra. Néanmoins, je vais lui transmettre votre demande pour lui montrer qu'il y a une demande. On peut imaginer que ce pourrait être le type d'écrit que vous cherchez. Ceux qui s'estiment victimes d'une complication vacinale le font souvent savoir. Les enfants victimes d'un refus vaccination sont malheurement muets. Aglaé est muette."
V. Boggio
Médecine & Enfance - Octobre 2007
"Votre question ravive une souffrance ancienne mais maintenant apaisée. Il y a trois ans, lors d'un examen d'administration en crèche, j'avais encouragé la maman d'Aglaé à faire vacciner sa fille contre le pneumocoque. La vaccination était inscrite depuis quelque mois au calendrier des vaccinations ( pour les enfants gardés plus de quatre heures par semaine en compagnie de plus de deux enfants en dehors de la fatrie) et prise en charge par l'assurance maladie. La Mère m'avait répondu qu'elle souhaitait se limiter aux vaccinations réglementairement obligatoires.
Comme d'habitude, j'avais argumenté ma proposition avec des donées épidémiologiques et cliniques. En vain. J'avais pris acte des son refus et écrit dans le carnet de santé : "examen d'entrée en crèche, vaccination antipneumococcique recommandée". Quelques semaines après son entrée à la crèche, Aglaé a été hospitalisée pour une méningoencéphalite à pneumocoques. Aprés six mois d'hospitalisation dont deux en soins intensifs, elle est rentrée à son domicile, puis a repris sa place à la crèche avec une encéphalopathie séquellaire sévère. Elle est quadriplégique. Son éveil est limité. Sa vision et son audition sont improbables. Elle a une gastrostomie d'alimentation.
Elle est soignée pour une comitialité rebelle. Elle bénéficie de soins multiples ( kinésithérapie, spychomotricité).Une place l'attend l'an prochain dans une institution spécialisée.
Dés l'hospitalisation d'Aglaé, la maman a fait vacciner la soeur aînée (d'un an) contre le pneumocoque. Depuis une soeur est née. elle était déjà vaccinée quand elle est entrée à la crèche. Cette histoire, dramatique pour Aglaé et ses parents (et accessoirement pour l'assurance maladie), m'a rendu malade. Pendant des mois, et notemment chaque fois que je rencontrais Aglaé, des questions de tout ordre me harcelaient, philosophiques (pourquoi ce drame dans la seule famille que je n'ai pas pu ou su convaincre?), deontologiques, psychologiques, légales, éthiques, beaucoup plus que scientifiques! et notemment celles-ci : comment convaincre de l'intérêt d'une vaccination des parents réticents? quels mots? quelles phrases? quelle attitude?
Peut-on mettre en cause leur responsabilité en cas de survenue de la maladie ? J'ai plein d'informations sur les vaccinations. Je n'ai rien trouvé sur la façon d'en parler à des parents réticents. Le rapppel manuscrit de la recommandation vaccinal dans le carnet de santé signifiait pour moi "Parents, faites avcciner votre enfant" et non pas "Je ne suis pas responsable de votre refus". Je peux facilement décharger ma responsabilité au regard de la loi, mais pas au regard de ma conscience. Cependant, cette mention a déjoué le soupçon de négligence que ceux qui ont soigné Aglaé ont manifesté à mon égard. Je comprend parfaitement que des confrères en aient assez de se battre et demandent aux parents défiants de mettre leur confiance ailleurs. Mais les enfants ne sont alors pas protégés contre le pneumocoque ou les virus de la roougeole, des oreillons et de la rubéole. Je vous propose d'écrire sur le carnet de santé à chaque consultation :"vaccin contre l'encéphalite de la rougeole et la surdité unilatérale des oreillons recommandé" et de continuer de voir l'enfant. Les parents se lasseront peut-être. Peut-être vous quitteront-ils, mais se sera à leur initiative. Vous pourriez aussi demander à voir le père de l'enfant.
Lors de ma dernière rencontre avec la maman d'Aglaé, je lui ai demandé si elle acceptait que l'on reparle de cette consultation où je n'avais pas réussi à la convaincre, et en particulier de l'origine de ses réticences et de la justification de son refus. Il me semblait que c'était important pour elle et pour moi que nous ne restions pas sur ce silence. Elle va peut-être mettre par écrit ce qu'elle ressentait et ce qu'elle ressent maintenant pour que son témoignage serve à d'autre. Je ne sais pas si elle y parviendra. Néanmoins, je vais lui transmettre votre demande pour lui montrer qu'il y a une demande. On peut imaginer que ce pourrait être le type d'écrit que vous cherchez. Ceux qui s'estiment victimes d'une complication vacinale le font souvent savoir. Les enfants victimes d'un refus vaccination sont malheurement muets. Aglaé est muette."
V. Boggio
Médecine & Enfance - Octobre 2007

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